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SON ACCIDENT

 
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MessagePosté le: Sam 22 Oct - 12:10 (2016)    Sujet du message: SON ACCIDENT Répondre en citant

SON ACCIDENT 

 
  • Jean-Pierre ADAMS est né à DAKAR en 1948. Il est élevé jusqu’à l’âge de 10 ans par sa grand-mère, il revient sur cette période de sa vie en Afrique : « J’ai été élevé par ma vieille grand-mère qui avait des idées de grandeur. Nous vivions alors à quelques pas du gouvernement général et la « mémé » m’éduquait à l’européenne, en m’interdisant la pratique du dialecte sénégalais. Puis un jour en réponse à une lettre qu’elle avait reçue avec beaucoup d’émotion nous prîmes le bateau à destination de la France. C’est comme ça que je me suis retrouvé peu après en pension au collège Montargis où allait commencer une autre vie pour moi ». Sa grand-mère, elle, repartit au Sénégal, revenait une fois en France pour voir si le garçon se débrouillait et comme c’était le cas reparti à tout jamais et Jean-Pierre ADAMS n’entendra plus jamais parler d’elle alors. Mais après le collège, il est un jeune ado bien seul, un couple de retraité lui ouvre alors son foyer où il y trouvera un « frère » et 2 « sœurs ». Ces parents adoptifs, il les considèrera comme sa vraie famille et tout au long de sa carrière, dès qu’il aura quelques jours de repos, il retournait dans le Loiret pour les voir. 

    Bien évidemment à un moment on va parler un peu football, en fait dès qu’il est arrivé en France, Jean-Pierre jouait au foot, jusqu’en junior il jouait dans le club de Montargis. Là ses qualités se faisaient remarquées et il ne tarda pas malgré son jeune âge à jouer avec l’équipe première en promotion d’honneur. A 20 ans alors qu’il effectue son service militaire il va faire une rencontre qui va beaucoup pesée sur sa jeune carrière. Il se lie d’amitié avec un certain BEUDOT qui arrive à convaincre les dirigeants de Fontainebleau (où il évolue) de recruter son « pote » JP ADAMS. Les dirigeants sont convaincus et ADAMS se retrouvent avec BEUDOT à Fontainebleau. Hélas, au retour d’un déplacement à Châteauroux, les deux hommes ont un accident de voiture très grave : mortel pour Beudot et miraculeux pour Adams qui s’en sort indemne physiquement mais très infligé moralement. 
    Jean-Pierre ADAMS continue sa carrière de footballeur amateur à l’Entente de Fontainebleau mais sans entrain. ADAMS est un joueur déprimé et qui n’attire pas les regards des recruteurs lui qui rentre dans le rang du monde amateur. Mais en 1968, l’Entente de Fontainebleau arrive en finale du championnat de France amateur. Le match est retransmis à la TV et devant son poste, Kader FIROUD ancien entraineur de Nîmes est impressionné par cet avant-centre. Ah oui j’avais oublié de le dire, au début de sa carrière en amateur, Jean-Pierre ADAMS évoluait au poste d’attaquant et parfois avant-centre. Kader FIROUD se souvient de la première fois qu’il a vu ADAMS : « J’avais découvert Adams sur mon petit écran de télévision lors d’une finale du championnat de France amateur. Jean-Pierre, ce jour là, occupait un poste d’avant-centre qui n’était pas tellement dans ses cordes, mais il m’avait impressionné par ses moyens physiques et son allant ». 

    Et les évènements vont alors s’enchainer. En 1969 FIROUD est de retour aux affaires chez les crocodiles et n’a pas oublié l’attaquant de Fontainebleau. Avant de porter un jugement définitif sur un garçon vu que sur un match Firoud se renseigne tout d’abord auprès de Martinelli et Odasso qui ont fréquenté Jean-Pierre ADAMS au bataillon de Joinville. Les deux bonhommes disent le plus grand bien de JP ADAMS. Nîmes doit alors disputer un match amical dans la région parisienne et FIROUD invite Jean-Pierre ADAMS à faire une pige avec les crocodiles. L’essai, d’un point de vue du terrain, était concluant, suffisait maintenant de la convaincre lui et sa femme de venir dans le Gard. Les ADAMS étaient partant pour l’aventure et débarquaient à Nîmes quelques mois plus tard. Mais ADAMS l’amateur débuta d’abord avec l’équipe réserve en division d’honneur, il avait encore beaucoup trop de carences pour évoluer avec les pros en division 1. FIROUD commença alors son travail sur ADAMS pour le transformer d’un banal attaquant du championnat amateur en un milieu de terrain de l’équipe de France. Voici, selon lui, comment FIROUD a fait progresser ADAMS : « Quand il débarqua chez nous, ADAMS était un avant-centre ou un ailier dont la technique et le jeu de tête laissaient plus ou moins à désirer, ce qui m’incita assez vire à le « fixer » comme demi-offensif. Nous avons donc commencé ce difficile travail et petit à petit, j’ai réussi à le remettre en confiance. Ce qui était important d’abord car le garçon était arrivé bourré de complexes. Ensuite, je lui ai fait travailler, jour après jour, sa touche de balle, sa résistance, son jeu de tête, je lui ai enseigné la manière de changer de rythme, je lui ai également inculqué un certain sens tactique, si bien qu’au fur et à mesure, il est devenu le joueur de milieu de terrain que j’avais décelé en lui. » 

    On comprend mieux alors, que Jean-Pierre ADAMS est toujours clamé que Kader FIROUD était son mentor, voilà les propos qu’il tenait sur l’entraineur qui le fit passer professionnel et qui allait lui ouvrir les portes de l’équipe de France : « Kader FIROUD est l’homme auquel je dois tout. Il m’a pris en main, m’a modelé, m’a mis en confiance et ne m’a plus lâché ». Replacé au milieu de terrain conscient des sacrifices à consentir pour mener une carrière professionnelle, à 24 ans Jean-Pierre ADAMS va exploser ! Après quelques apparitions lors de la saison 1970-71, il devient titulaire indiscutable la saison suivante. En 1971-72 il joue les 38 matchs de la saison, permet aux Crocodiles de terminer 2ème du championnat et s’ouvre tout naturellement les portes de l’équipe de France. Malgré sa saison énorme, lorsqu’il est convoqué pour une tournée au Brésil pour un mini-tournoi international (Pour commémorer les 150 ans d'indépendance du Brésil, la CBF a organisé une mini Coupe du Monde durant l'été 1972. Vingt sélections ont été conviées disputant dans 12 stades la compétition qui fut connut sous le nom de Mini Copa), il n’y croit pas : « Quand j’ai été convoqué pour la mini-coupe du monde au Brésil, j’ai cru à une farce de mon vieil ami Michel MEZY. » 

    ADAMS va ainsi faire quelques apparitions chez les bleus, 3 sélections en 1972 et joue aussi la coupe d’Europe, il devient un joueur de tout premier ordre et va signer lors de la saison 1973-74 dans une grosse écurie du championnat de France, à l’OGC Nice. Toujours milieu de terrain, pas de période d’adaptation pour ADAMS qui sous la houlette de l’entraineur Jean SNELLA va réaliser sa saison la plus prolifique avec 9 buts en championnat. Mais la saison suivante SNELLA est remplacé par Vlatko MARKOVIC. Ce dernier va à son tour faire reculer JP Adams pour en faire un des meilleurs stoppeurs du monde. L'attaquant amateur se retrouve défenseur chez les pros maintenant. ADAMS recule en défense dans son club mais aussi en sélection où son association avec Marius TRESOR est redoutée de tous les attaquants adverses. Jean-Pierre ADAMS est au sommet de sa carrière, il a 27 ans. La saison suivante avec Nice il forme un autre duo redoutable avec un autre grand libéro : Josip Katalinski. 

    Nice finira second derrière l’AS Saint-Etienne. Par contre chez les bleus ça va coincer un peu, la France n’arrive pas à se qualifier pour le championnat d’Europe 1976 en Yougoslavie. Stefan KOVACS le sélectionneur est alors remplacé par un tout jeune entraineur qui ne sera pas du tout convaincu par le talent de Jean-Pierre ADAMS et qui retiendra comme stoppeur, le nantais Patrice RIO. Jean- Pierre ADAMS effectue une dernière saison à Nice avant de signer un dernier gros contrat à Paris lors de la saison 1977-78 à 29 ans. Dans la capitale il retrouve son ami de l’équipe de France Jean-Michel LARQUE mais dans des conditions particulières car Jean-Mimi est entraineur-joueur du PSG. Paris est un jeune club et en proie a de grandes difficultés, sur le terrain mais aussi en dehors, en effet le 06 janvier 1978, le président et couturier, Daniel HECHTER quitte ses fonctions au sein du club et est radié à vie par la ligue du monde du foot professionnel suite au scandale de la double billetterie du Parc des Princes. Sur le terrain c’est pire ! Le PSG est dernier du championnat lorsque Larqué décide de ne plus joueur et de se consacrer qu’à la fonction d’entraineur. 

    Le club se sauve tant bien que mal et difficile dans ces conditions pour Jean-Pierre ADAMS de retrouver sa place chez les bleus. La saison suivante est du même acabit, cette fois Jean-Mimi a décidé de se consacrer entièrement à son rôle de joueur et le PSG plafonne dans le ventre mou du championnat. A 31 ans JP Adams sait que ses plus belles années sont derrière lui. Les blessures ajoutées à la nouvelle équipe dirigeante qui ne compte plus sur lui, il s’en va à Mulhouse alors en D2 mais n’y reste qu’un an ne jouant quasiment pas, étant la plupart du temps blessé. Il quitte ainsi le monde professionnel et retourne au monde amateur qu’il l’a fait connaitre. Il rempile donc dans le petit club de Châlon, alors en 3ème division. Après une saison, les difficultés commencent à pointer. Jean-Pierre force un peu à l'entraînement et une douleur à la cuisse commence à devenir trop insupportable. Après une radio il s'avère que Jean-Pierre Adams doit être opéré d'une banale lésion au tendon. Il se rend dans un hôpital lyonnais et n’en sortira jamais. 

    Nous sommes le 17 mars 1982, avant l’opération Jean-Pierre ADAMS doit subir une anesthésie mais une erreur de l’anesthésiste, plongera dans un coma l’ancien stoppeur de l’équipe de France. Depuis, son état végétatif s’est nourri de polémiques et de longues procédures devant les tribunaux. La faute des services de l’hôpital de Lyon sera finalement établie. Un seul anesthésiste présent ce jour-là, au lieu de deux habituellement. Huit patients à endormir inscrits au tableau de garde, dont trois quasiment au même moment. Un étudiant stagiaire, chargé de la perfusion d’alfatésine, qui accumule les bourdes. Bref, il reste un homme allongé, même plus capable d’entendre la sentence (un bronchospasme, diront les médecins), une épouse qui s’écroule et deux enfants, Laurent et Frédéric, incapables de comprendre pourquoi leur papa reste endormi aussi longtemps... 
    30 ans plus tard, Jean-Pierre ADAMS est toujours dans le coma. Sa femme est toujours à son chevet et a rédigé une biographie il y a quelques années. Dans ce livre, elle livre les derniers mots que Jean-Pierre lui a dit, ses derniers mots tout court, c’est terrible : « Tout va bien, je suis en pleine forme. C'est à 11H que je vais être opéré. Pense à moi quand même, mais vient me chercher dans 8 jours, et n'oublie pas alors, une paire de béquille ! »  



2004


Depuis 22 ans, Jean-Pierre Adams, ancien joueur de l’équipe de France de football, est allongé chez lui, dans un état végétatif profond. Bernadette, sa femme, et leurs deux enfants vivent à ses côtés.
Et pourquoi ne rirait-elle pas, cette belle femme à la jeune cinquantaine  ? Un rire perlé, bienveillant, pour se moquer gentiment d’un magnétiseur qui lui avait envoyé des compresses miracles « ayant déjà sorti plusieurs personnes du coma ». « Il m’avait même prévenu  : si votre mari a des réactions trop brutales, enlevez la compresse  ! J’ai essayé, sans trop y croire.Jean-Pierre s’est endormi avec la compresse sur le visage  ! »
Bernadette Adams raconte son histoire, assise dans la salle à manger de sa coquette maison des environs de Nîmes. Une salle à manger comme tant d’autres, avec ses meubles en bois clair, ses bibelots et sa grande table. Dehors, des ouvriers réparent un mur, l’eau de la piscine commence à se recouvrir des premières feuilles d’automne. Tout à l’heure, un jeune homme est arrivé, son fils cadet Frédéric, il a demandé où était son casque de moto, elle lui a dit de faire attention, il a levé les épaules en souriant avant de repartir. Plus tard, peut-être que son aîné, Laurent, 33 ans, passera avec sa compagne. Ils viennent d’apprendre qu’elle est enceinte.
De la pièce d’à côté, à la porte toujours ouverte, s’échappent un accès de toux et des râles étouffés. Bernadette se lève, entre dans la chambre. On l’entend prononcer quelques mots. « Qu’est-ce qu’il y a  ? Tu tousses. C’est un peu humide, aujourd’hui. » Elle revient à sa place. « Oui, il ne supporte pas bien ce début d’automne. Cet été, avec la chaleur, et la climatisation, il a été très bien. » Depuis le mercredi 17  mars 1982, l’homme qui vit dans cette chambre n’a pas dit un mot. C’est un ancien joueur de football, Jean-Pierre Adams, vingt-deux fois sélectionné en équipe de France.
Tout commence en 1968, au cours d’un bal à Montargis (Loiret). Bernadette, la fille d’un paysan de Giens, employée dans une maison de confection, rencontre Jean-Pierre, qui travaille chez le fabricant de pneumatiques Hutchinson. C’est le coup de foudre entre la belle blonde, aux yeux bleus si profonds, et le solide Africain - « un cœur tendre sous du muscle », dira-t-on de lui. Né à Dakar, Jean-Pierre a 8 ans quand sa grand-mère, de retour d’un pèlerinage à Rome - une photo immortalise l’enfant avec Pie XII  ! -, le confie à une école religieuse de Montargis. Bernadette et Jean-Pierre se marient en avril  1969 et ont leur premier enfant, Laurent, en décembre de la même année.
Jean-Pierre a une autre passion  : le football. Il commence son ascension. « Révélé à Nîmes, stoppeur conquérant à l’OGC Nice, dominateur au PSG, impérial en équipe de France, Jean-Pierre Adams fait partie de la légende du football français. Au côté de Marius Trésor, il était le deuxième pilier de la fameuse « garde noire » avec ses cuisses d’acier, une force exceptionnelle et un sens du jeu inné », résume Midi libre. Bernadette suit son footballeur de mari. Quelques notes de bonheur grappillées au hasard de la conversation. La villa achetée à Villeneuve-Loubet, près de Nice, la naissance d’un deuxième enfant, Frédéric, en 1976, puis l’installation à Paris - à Marly, au-dessus du garage Mercedes.
Bernadette se souvient  : « Il y avait une ambiance formidable au PSG. Après les matches, on allait manger ensemble, et danser au King Club, sur les Champs-Elysées. Quand Jean-Pierre entrait dans un magasin de disques, il en ressortait avec des dizaines de 33 tours d’Otis Redding, de James Brown. Oh oui, c’était un bon vivant, Jean-Pierre  ! » En 1981, l’ancien défenseur international, considéré comme une force de la nature par ses adversaires, fait encore les beaux jours de Chalon-sur-Saône, une équipe de moindre importance, où il aimerait finir sa carrière comme entraîneur. Bernadette s’occupe du magasin de sport qu’ils ont acheté à Chalon.
Arrive ce sale mercredi 17  mars 1982. Jean-Pierre doit subir une légère intervention chirurgicale à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon à la suite d’une rupture des ligaments du genou. « J’étais restée à Chalon au magasin. Il m’a appelée le matin. Il m’a dit  : ‘On commence à me préparer, ils vont me faire une piqûre et on va m’opérer tout à l’heure.’ » Ce seront ses derniers mots. Il a alors 34 ans.
Bernadette ne peut raconter les moments qui suivent sans se mordre les lèvres. Au bout de quatre appels de plus en plus angoissés, on consent à lui dire qu’ »il s’est passé quelque chose ». « Je me suis tout de suite demandé  : mais qu’est-ce que je vais devenir, seule, avec mon petit enfant qui me demandait  : mais, maman, qu’est-ce qu’il y a  ? »Elle se précipite à l’hôpital. « Je l’ai vu, des tuyaux partout, la jambe plâtrée, glacé, inerte. »Elle reste quatre jours à ses côtés, « sans bouger, sans boire, sans voir personne ».
Jean-Pierre vit désormais dans ce no man’s land de l’ »état végétatif »: si le cœur, la respiration sont préservés, il est privé de mémoire, de parole, de motricité volontaire. Bernadette va porter plainte contre X... De plusieurs années de procédure, d’expertises en contre-expertises, elle tire une conclusion, tranchante comme un couperet  : « Ils l’ont massacré au départ, dès l’anesthésie. » La condamnation à un mois de prison avec sursis d’un chef de service et d’un stagiaire anesthésiste et, bien plus tard, le versement de dommages et intérêts cloront ce volet judiciaire.
Jean-Pierre est d’abord emmené dans un centre de rééducation, à près de 300  kilomètres de Chalon. « J’allais le voir tous les dimanches. Il allait de plus en plus mal. Je sentais bien que l’on ne s’occupait pas de lui. Il avait perdu 11  kg en un mois. Il avait des escarres aux fesses. Il s’était arrêté de manger. Les médecins m’ont dit qu’il fallait le nourrir en l’intubant. Alors, je me suis mise en colère  : l’intuber, cela voulait dire un retour en arrière  ! Ce n’était pas possible  ! Je ne voulais plus jamais le voir avec des tuyaux  ! » Le 3  juin 1983, Bernadette prend la décision qui va changer sa vie  : « J’ai ramené Jean-Pierre à la maison. » Elle se bat pour le faire manger. Première victoire. Elle soigne ses escarres, « heure après heure, pansement après pansement ». Deuxième victoire. Plus jamais, elle ne voudra faire appel à un médecin. « Sauf le médecin de famille, qui vient quand il a un rhume ou un problème digestif. Comme vous et moi. »
En juillet  1985, Jean-Pierre, Bernadette, Laurent et Frédéric s’installent à Rodilhan, dans une villa trouvée par l’épouse de Khader Firoud, le mythique entraîneur de l’équipe de Nîmes. Avant de toucher des dommages et intérêts, ils vivent grâce à l’aide de la Fédération française de football et à la solidarité des anciens. Sous la houlette du journaliste Jacques Vendroux, l’équipe du Variété club joue plusieurs fois pour Jean-Pierre Adams. « En 1984, se souvient Bernadette, ils étaient tous là, avec Michel Platini. » Marius Trésor, l’ami de toujours, l’alter ego de la « garde noire », téléphone de temps en temps à Bernadette, mais ne veut pas voir son ancien coéquipier. Il s’en explique  : « Je veux garder l’image d’un Jean-Pierre plein de vie, et pas voir un garçon couché dans un lit. » Bernadette semble à moitié convaincue. « Si c’est son opinion... »
La vie s’installe, dictée par une seule certitude, partagée par toute la famille  : « Il est chez lui, et c’est là qu’il est le mieux. » A la cuiller, Bernadette lui donne son petit déjeuner à 8  heures. Une infirmière arrive pour la toilette. Déjeuner, puis un kiné qui porte Jean-Pierre sur son fauteuil et fait travailler ses muscles. Nouvelle toilette. Bernadette rase son mari et lui sert un goûter. Dîner. Les repas se ressemblent  : de la bouillie de légumes mélangée à de la viande ou du poisson mixés. Jean-Pierre s’endort. « Il a les yeux ouverts le jour et fermés la nuit, voilà, explique Bernadette. Il est bien réglé, mais, parfois, il ne dort pas pendant trois nuits de suite et se rattrapera en dormant pendant trois jours. » Elle ne cesse de lui parler. Elle dort dans un lit installé dans la même pièce. « Quand, la nuit, il bouge trop, je l’asticote un peu. Je lui dis que, moi aussi, je veux dormir. Avant, il se moquait toujours de moi en me disant que j’étais fragile. Et qu’il allait me « faire bouger ». Alors, je lui rétorque  : ‘C’est vrai que je suis si fragile  ? C’est moi qui vais te faire bouger  !’  « 
Bernadette « sent » les moindres réactions de Jean-Pierre. « Je vois bien à sa physionomie, à ses yeux, s’il va plus ou moins bien, son visage est très expressif, je sais s’il est tracassé. Parfois, il grimace et il pleure. » Si la vie a beaucoup pris à Jean-Pierre, elle lui a laissé la souffrance.
Bernadette lui passe des disques, lui fait écouter la radio. « Hier, j’ai mis la télé avec le match de Marseille. Peut-être entend-il des sons, perçoit-il des vibrations. Il s’est endormi au milieu du match. » Reconnaît-il les gens  ? Mystère. « Quand je suis dans la chambre, j’ai l’impression qu’il reconnaît mon parfum. » « Quand maman n’est pas là, il est moins bien », remarque le fils cadet, Frédéric, d’une voix douce comme celle Yannick Noah, avec une pointe d’accent du Midi.
Il faut entendre Bernadette parler de ses enfants, et ses enfants parler de Bernadette pour comprendre l’étrange - bonheur  ? quiétude  ? sérénité  ? - régnant dans cette maison de Rodilhan. « Ils ne manqueront jamais l’anniversaire de leur père, dit Bernadette, encore moins la Fête des pères. Il a toujours droit à son eau de toilette et à son T-shirt. » Tous les dimanches, Frédéric, sitôt son match terminé - bien sûr que les deux frères adorent le football  ! -, téléphone immédiatement à sa mère pour lui communiquer le score. « Mon père est présent, confie le jeune homme, un peu comme un grand bébé. Mais, pour nous, il n’est pas question qu’il quitte la maison. » Il poursuit  : « Parfois, quand je suis seul avec mon père, je lui parle. » Et termine par une toute petite phrase qui explique tout, et plus que tout  : « J’aimerais bien faire quelque chose de ma vie, et me dire que cela aurait plu à mon père  ! »
Alors, on se sent bien stupide de poser certaines questions à Bernadette. Sur l’euthanasie, par exemple. « Qu’est-ce que cela veut dire  ? Qu’un jour je décide de ne plus donner à manger à Jean-Pierre  ! » Elle ne veut pas comparer son cas à celui de la mère de Vincent Humbert. « Ce n’est pas la même chose, s’il s’est fait comprendre et a demandé qu’on en finisse. »
L’avenir  ? « J’appréhende le jour où je ne pourrai plus m’occuper de mon mari, où je n’aurai plus la force de le soulever, de faire ce que je fais, alors il faudra peut-être envisager une autre solution, l’hôpital ou un centre. Mais tant que je suis capable de m’en occuper, il restera chez lui. »
A-t-elle encore l’espoir d’une amélioration  ? Bernadette répond par une esquive. « Je n’ai pas envie de savoir que c’est définitivement sans espoir. » Pourquoi fait-elle cela  ? De nouveau, elle rit  : « Oh, je ne suis pas sainte Bernadette  ! »
Demain, ou après-demain, « dès qu’il sera plus réceptif qu’en ce moment », elle annoncera à Jean-Pierre que la compagne de son fils attend un enfant et qu’il va bientôt être grand-père.
José-Alain Fralon
 


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MessagePosté le: Sam 22 Oct - 12:10 (2016)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 22 Oct - 12:11 (2016)    Sujet du message: SON ACCIDENT Répondre en citant

ELLE EST MONTEE
à Paris avec Monique, sa copine nîmoise à l'accent de rocaille. Une petite escapade de deux
jours pour Bernadette Adams, 63 ans, qui veille jour et nuit son mari, Jean-Pierre Adams, depuis
un quart de siècle. L'ex-star du ballon rond a sombré dans un état végétatif il y a vingt-cinq
ans aujourd'hui à la suite d'une erreur médicale lors d'une opération bénigne du genou. « Hier
soir, on est allées voir au théâtre 
Sur la route de Madison. 
C'était superbe, et en plus j'ai
décroché un autographe de Delon », confie cette grande femme blonde sophistiquée coiffée au
carré comme Mireille Darc.
« Jean-Pierre sent les odeurs, entend, sursaute quand un
chien aboie. Mais il ne voit pas »

Mais Bernadette, drapée jeudi matin dans un long
manteau noir, n'est pas à 100 % là : « C'est si rare que je le quitte quelques jours... Je ne
peux pas m'empêcher de culpabiliser. »
Bien sûr, là-bas, dans la maison de Rodilhan (Gard) bercée
par le mistral, Jean-Pierre n'est pas seul. Il y a quelqu'un pour le veiller. « Mais je sens
bien qu'il m'attend, qu'il se demande quand je vais rentrer. » Monique, son amie, intervient
: « Il sait si c'est elle ou pas dans la pièce. Si c'est moi, il n'a aucune réaction, mais si
c'est sa femme, il frémit, renifle, bouge sa tête... » « Il connaît mon parfum, confirme Bernadette.
D'ailleurs quand j'en change, je vois bien que ça le contrarie... » Elle explique : « Jean-Pierre
sent les odeurs, entend, sursaute quand un chien aboie. Mais il ne voit pas. La journée ses
yeux sont ouverts mais il ne voit pas. » Cela fait vingt-cinq ans, aussi, que l'homme de sa
vie se tait.
Les derniers mots échangés par ce couple atypique sont des mots banals. C'était
ce sale mercredi 17 mars 1982. Jean-Pierre doit subir une légère opération à l'hôpital Edouard-Herriot
de Lyon à la suite d'une rupture de ligament du genou. Il appelle sa femme et lui dit : « On
commence à me préparer. Ils vont me faire une piqûre et on va m'opérer tout à l'heure. » Ce
seront ses dernières phrases. Il a 34 ans. « Il y a eu une succession d'erreurs dramatiques
: il a été mal intubé avec une sonde dans une bronche au lieu de ventiler les deux, l'anesthésiste
a endormi 8 patients à la chaîne, et puis la surveillance de mon mari a été confiée à un stagiaire
redoublant qui a avoué au tribunal n'avoir 
pas été à la hauteur
», raconte Bernadette, la rage
aux lèvres. « Je suis d'une nature rancunière et plus le temps passe plus je leur en veux »,
lâche-t-elle. Jean-Pierre Adams a fait un bronchospasme, son cerveau a été privé d'oxygène et
il est tombé dans un état végétatif. L'hôpital a été condamné, Bernadette indemnisée, mais le
bonheur de ce couple amoureux et de ses deux enfants, bousillé.
« Dès qu'il y a
un match à la
télé,
je lui mets »

Bernadette, la blonde aux yeux bleus, et Jean-Pierre, l'Africain, s'étaient
rencontrés en 1968. « C'était dans un bal à Montargis. J'avais 24 ans, lui 20. » Les parents
de Bernadette tiquent. « Ma mère ne voulait pas que j'épouse un Noir mais je n'ai écouté personne
et j'ai suivi l'amour. Après, elle l'adorait, elle se serait battue dans le stade pour le voir
jouer. » Mariage en avril 1969 et naissance d'un premier enfant, Laurent, en décembre de la
même année. Jean-Pierre commence son ascension footballistique qui le mènera au firmament 
(lire
l'encadré). 
Les Adams habitent Nîmes, Nice où naît un deuxième enfant, Frédéric. Marly puis
Chalon-sur-Saône. Glamours à souhait, les Adams sont un peu le couple Karembeu de l'époque.
Après
le drame, Jean-Pierre passera un an dans un centre de rééducation à 300 km de Chalon. « Il avait
des escarres partout et avait perdu 11 kg. Ils ont commencé à vouloir le réintuber, alors je
l'ai sorti de là. » Dans la maison de Rodilhan, Bernadette se démène depuis vingt-cinq ans pour
adoucir la vie de son homme. « Le matin, je lui sers son petit déjeuner au lit à 7 h 30 puis
ses yeux se referment. » Pendant ce temps, Bernadette, « toujours chronométrée », fait ses courses.
« A midi le kiné arrive et on le lève puis je le fais déjeuner. Légumes, viande ou poisson mixés
que Bernadette lui donne à la cuillère. Puis je finis sa toilette, je le coiffe, l'habille et
je le rase, à la main... Il a la peau douce, lisse. Il ne vieillit pas, à peine quelques cheveux
blancs. » A 16 heures, il goûte puis dîne à 19 heures. « Dès qu'il y a un match à la télé, je
lui mets », ajoute Bernadette, qui espère toujours une réaction de Jean-Pierre. Comme lorsque
Laurent et Frédéric ont chacun eu un enfant. « Malheureusement ça n'a pas créé de déclic, mais
Lény et Noah adorent leur papy, aiment lui tenir compagnie. » Bernadette est très fière de ses
enfants qu'elle a élevés dans un bonheur complet alors qu'elle vivait, elle, un terrible malheur.
Et
l'euthanasie ? « Mon histoire n'a évidemment rien à voir avec ça. Si Jean-Pierre voulait mourir,
il me l'aurait fait comprendre. Il a l'air bien, son visage est serein. » Médicalement, Jean-Pierre
est juste soigné par le médecin de famille. « Quand il est enrhumé, qu'il tousse, je lui nettoie
le nez, lui donne ses médicaments. Mais aucun ponte ne s'est jamais intéressé à nous. De toute
façon, avoue Bernadette, je crois que je n'aurais pas envie d'entendre un médecin me dire que
son état ne s'améliorera pas. Un jour, peut-être, il va se réveiller et là ce sera... », rêve-t-elle
tout haut sans achever sa phrase.
Pour en savoir plus : Jean-Pierre Adams, biographie.
Editions France Europe Editions (Feel) 2006.


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MessagePosté le: Sam 22 Oct - 12:13 (2016)    Sujet du message: SON ACCIDENT Répondre en citant

2012 SO FOOT
Il y a trente ans, le 17 mars 1982, l'ex-international français Jean-Pierre Adams tombait dans le coma suite à une erreur médicale. Il ne s'est depuis jamais réveillé. 














Jean-Pierre Adams, 30 ans dans le coma

Avec Marius Trésor, il formait la garde noire. Une expression aux relents colonialistes, mais imageant parfaitement la sécurité que les deux hommes apportaient à l'Equipe de France. Jusque ses 22 ans, Jean-Pierre Adams évoluait pourtant au poste d'avant-centre. Repéré par Kader Firoud, l'entraîneur du Nîmes Olympique, il rejoint les Crocodiles en 1970. Le franco-sénégalais venait de remporter la finale du championnat de France amateur avec l'Entente Fontainebleau. Envoyé en DH dans un premier temps, Adams s'impose rapidement au sein de l'entre-jeu gardois. Sa progression est telle qu'il est appelé en Equipe de France dès 1972. Il dispute son premier match international lors d'un tournoi organisé à Rio, que les Bleus débutent en affrontant une sélection continentale, l'Afrique. 

L'Afrique, Jean-Pierre Adams la quitte en 1958. Il a alors dix ans. Sa grand-mère, qui l'a élevé, cède à un appel mystique et l'inscrit dans un établissement scolaire religieux à … Montargis. L'aïeul repart à Dakar, et l'enfant seul est finalement recueilli par un couple de retraités d'un village environnant. Au terme de ses études, Adams travaille chez un fabriquant de produits de caoutchouc, et écume les clubs du Loiret, sans se fixer nulle part. La première étape de son ascension vers le professionnalisme se produira quand son ami, Beudot, le rabat vers l'Entente Fontainebleau. Adams s'y imposera, mais il perd son ami dans un accident de voiture, dont lui ressort indemne. Premier grand drame de son existence. 




Le début de la fin au PSG

Athlétique, volontaire, mais frustre techniquement, Adams va apprendre sur le tas une fois intégré à l'effectif du Nîmes Olympique. Brillant élève, il est transféré en 1973 vers l'OGC Nice, un cador de l'époque. Au fur et à mesure que sa carrière progresse, le franco-sénégalais recule sur le terrain. Il finit par se fixer dans l'axe de la défense. Sa carrière au très haut niveau ne s'éternise cependant pas. En 1976, il connaît sa dernière sélection en Bleu. Le changement de sélectionneur et le choix d'Adams de s'engager avec le PSG en 1977 vont avoir raison de sa carrière internationale. Club flambant neuf et ambitieux, le PSG va cumuler ennuis sportifs et en coulisses (scandale de la double billetterie), lors des deux saisons qu'honorent le stoppeur. 

Au final, Adams a toujours considéré sa carrière professionnelle comme une sorte d'heureux accident. Il la savourait au quotidien, et une fois le festin touchant à sa fin ne s'est pas attardé à table. En 1981, une rencontre entre anciens du PSG et Auxerre fait office de jubilé du stoppeur. La célébration se déroule à Chalon-sur-Saône, où le défenseur tape encore le cuir en DH. A Chalon, Adams ouvre un magasin de sport. Ce père de deux enfants vient d'entamer une vie d'heureux provincial, quand une rupture du tendon le contraint à passer sur le billard. «Tout va bien, je suis en pleine forme. C'est à 11H que je vais être opéré. Pense à moi quand même, mais vient me chercher dans huit jours, et n'oublie pas alors, une paire de béquille !». Ce sont les derniers mots de Jean-Pierre Adams, prononcés le 17 mars 1982 avant d'entrer en salle d'opération, et tirés de la biographie que lui a consacré Doris Rognon. L'ex-binôme de Marius Trésor ne se réveillera jamais, victime d'une terrible erreur de l'anesthésiste. Depuis, sa femme, Bernadette, veille sur lui à Rodilhan, près de Nîmes. Des stades, gymnases portent son nom, comme s'il s'agissait d'un défunt. Jean-Pierre Adams a 64 ans.


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MessagePosté le: Mer 6 Sep - 12:38 (2017)    Sujet du message: SON ACCIDENT Répondre en citant



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